Le jardin enchanté de Louis XIV - 2/3

Publié le par passions et actu

" Il était une fois un roi si puissant et dont la gloire était si grande qu'il voulut posséder des fruits éternels.
 
Il demanda à ses jardiniers de réaliser cette merveille : avoir dans ses jardins, comme dans celui des fées, des fruits toujours mûrs, toujours bons et qui ne se gâtent jamais. L'on força la nature : on fit bâtir des serres et des châssis, on dessina des parterres et des bosquets, on éleva des statues, on créa un labyrinthe, une orangerie, des fontaines et des pièces d'eau où le ciel et le roi dans leur splendeur pouvaient s'y mirer...
On fit venir des fruits merveilleux de l'autre bout de la terre.
"L'art des jardins est bien l'art de cultiver le temps" pensait le roi. Il fut si satisfait qu'il rédigea de sa plume royale un livre pour expliquer aux courtisans du royaume les manières de visiter ses jardins :
"On descendra par la rampe droite de l'Orangerie et l'on passera dans le jardin des orangers, on ira droit à la fontaine d'où l'on considèrera l'Orangerie.
On passera dans les allées des grands orangers, puis dans l'Orangerie couverte. Et l'on  sortira par le vestibule du côté du Labyrinthe".
Ainsi parlent les rois.
 
Ses cuisiniers durent apprendre à apprêter de nouveaux fruits et de nouveaux légumes. L'on vit apparaître à sa table des limes-douces et des limettes, des ponciers, des melroses et des alberges.
L'on organisa des collations sur les eaux et des buffets dans la fraîcheur des grottes, des "ambigus" qui se donnaient ordinairement sur le déclin du jour. De grandes tables étaient dressées et des miroirs reflétaient la lumière des bougies. Des pyramides de fruits frais et des assiettes de biscuits et d'oranges confites voisinaient avec les tourtes de béatilles (... ) les tartelettes aux amandes et les salades aux herbes fraîches.
On fit écrire des livres de recette remplis de mots juteux et savoureux qui fondaient dans la bouche. Les fruits portaient des noms magiques : la poire de trois goûts, la mouille-bouche, la bellissime, la trompe-coquin, la pêche mignonne, la pourprée, la prune de Perdrigon, la pomme gorge-de-pigeon, la pomme d'or et la petite pomme d'api au joli teint vermillon, à la peau unie qui ne se fane jamais et qui se montre toujours avec le même éclat.
 
Cela n'est pas un conte. Ce roi a bien existé, il se nommait Louis XIV et avait pour jardin Versailles. Son jardinier était La Qintinie, son contrôleur général de la surintendance des bâtiments s'appelait Charles Perrault. Celui-là même qui dessina le labyrinthe du château et devint fort célèbre avec les Contes de ma mère l'Oye.
Le Roi-Soleil voulait que Versailles fût un paradis sur la terre - en persan ce mot signifie "verger entouré de murs" - aussi beau que le jardin des Héspérides, aussi attrayant que le Jardin d'Eden et aussi délectable que celui des fées. Vanité de roi qui rêvait de dompter la nature. Mais la Nature ne fait pas de jardin (... ).
Les fées leur préfèrent les jardins ensauvagés où elles peuvent librement se nourrir du pollen des fleurs, du suc des fruits et se désaltérer de la sève des arbres.
Les enfants le savent qui sont nourris de la sagesse des contes. Leur quête d'identité se fortifie de ces histoires où le jardin suggère toutes les transgressions et permet d'étonnantes métamorphoses. Un simple haricot (...) une modeste citrouille (... ) suffisent."
 
 
 
 
 
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