Toutes les guerres/ "L'ennemi intime - Lorsqu'il apparaît qu'être "civilisé, c'est être capable de tenir à distance celui qui loge incognito en nous-mêmes" - Tout serait donc une question de choix (le fameux "libre arbitre" ... pour contempler autre chose que le visage intimement immonde d'un faux frère...

Publié le par Passionsetbilletsactu

Plus d'un mois après l'attentat au super U de Trèbes, près de Carcassonne...

 

 Article de Jean-Claude Guillebaud paru dans "La Vie" (le 29 mars 2012)

 

"Voilà un peu plus d'une semaine que tous les médias s'interrogent sur l'itinéraire du terroriste Mohammed Merah. Comment un gosse de banlieue de Toulouse a-t-il pu devenir, à 24 ans, ce tueur sans état d'âme, ce "combattant" abject d'un djihad fantasmatique, ce pervers prenant plaisir à tuer ? (...) On argumente sur la dangerosité de l'islamisme radical et le discrédit qu'il peut faire peser sur l'islam.

Je me demande si, faisant cela, on n'oublie pas quelque chose (...) : l'insondable énigme de la cruauté humaine. Le mystère du passage à l'acte. Cela, ajouté à toutes les autres raisons, y compris le fanatisme religieux, ont fait de Mohammed Merah un criminel. Ce glissement peut  métamorphoser un quelconque être humain en meurtrier indifférent à la compassion.

Ces apnées de la conscience sont capables de désactiver toute émotion. Ceux d'entre nous qui ont été correspondants de guerre ont été confrontés à ce mystère.

Je pense à la sauvagerie qui s'est manifestée au Liban durant la guerre civile (1975-1990). Il ne s'agissait ni de géopolitique, ni de conflit religieux. Nous étions confrontés à une violence qui ne ressemblait à rien d'autre qu'à sa propre démence. Elle participait d'une jubilation barbare, d'une espère de "possession" meurtrière.

Mais comment parler de cela dans nos reportages ? Cela n'avait plus rien à voir avec l'actualité immédiate. On était dans l'insaisissable et l'indescriptible.

Au milieu du décor très occidentalisé de Beyrouth, dans une ville opulente qui ressemblait alors à Nice, nous assistions à des scènes monstrueuses. Et nous comprenions que ces choses là pouvaient fort bien advenir un jour chez nous.

Ce vertige soudain qui métamorphose un homme ordinaire en pur salopard qui fait d'un père de famille un monstre intégral, capable d'égorger son voisin. Nous avons vu cela. L'évènement nous jetait à la figure une immense question qu'on n'épuise pas à coups "d'expertises" psychiatriques : celles du mal.

Il m'a semblé revivre cela avec la tragédie de Toulouse" (...)

Publié dans FAITS D'ACTUALITE

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