SUITE/ Idées lecture - idées cadeau "Va où ton coeur te porte" (Susanna TAMARO)

Publié le par Passionsetbilletsactu

Extraits/

  • Lettre du 18 novembre

A ton âge on doit mettre de l'ordre à l'intérieur de soi, on a des projets et ils comportent des incertitudes. L'inconscient ignore l'ordre et la logique. Au contenu de la journée (...) il mêle les aspirations plus profondes. (...) Quels rêves fais-tu là-bas parmi les cactus et les cow-boys ? J'aimerais le savoir. (...) Penses-tu à nous ? (...)

Petite , tu avais de nombreuses passions : tu voulais devenir vétérinaire, explorateur, médecin pour les enfants pauvres. De ces désirs, il n'est pas resté la moindre trace. L'ouverture initiale dont tu avais fait preuve envers tes semblables a progressivement disparu.

  • Lettre du 20 novembre

Enfant, ma solitude naissait aussi des questions, celles que je posais et auxquelles je ne savais pas répondre. A quatre, cinq ans déjà, je regardais autour de ois et je me demandais : "pourquoi est-ce que je me trouve ici ? D'où je viens , d'où viennent les choses que je vois autour de moi, qu'y a-t-il derrière ? (...) seront-elles toujours là ? Je me posais toutes les questions que se posent les enfants sensibles quand ils découvrent la complexité du monde. J'étais convaincue que les grandes personnes aussi se les posaient (...) mais non elles ne s'étaient jamais posé de telles questions.

  • Lettre du 21 novembre

La foudre est tombée tout près.(...) Dehors, on entendait le crépitement de la pluie, le vent sifflait, à l'intérieur il y a avait des bruits, des grincements, de petits bruits sourds, les craquement du bois qui travaille. J'ai fermé les yeux et, un instant, la maison m'est apparue comme un bateau.(...)

Destin, hérédité, éducation, où commence une chose, où finit l'autre ?(...) On est effrayé par le grand mystère que tout cela renferme.

Le "Hasard". Un jour le mari de Mme Morpurgo m'a dit qu'en hébreu ce mot n'exite pas. Pour désigner quelque chose qui a trait au hasard, ils sont obligés d'utiliser un mot arabe. C'est drôle tu ne trouves pas ? Drôle mais rassurant.

Si un botaniste se promène dans un pré, il choisit les fleurs selon un ordre précis, il sait ce qui l'intéresse (...). Mais si c'est un randonneur (...) il choisit les fleurs d'une manière différente, l'une parce qu'elle est jaune, l'autre parce qu'elle est bleue (...) la quatrième parce qu'elle est au bord du sentier. Je crois que mon rapport au savoir a été comme ça. Ta mère me le reprochait. (...)

Autant tu es pleine d'inquiétude sauvage (...) autant ta mère était bardée d'idéologie. (...) A la manière dont elle me regardait parfois (...) s'il avait existé un tribunal populaire et si elle en avait été le chef, elle m'aurait condamnée à mort. (...) Fidèle à mon rôle de mère j'essayais de la comprendre, mais c'était difficile : tout était fébrile, fuyant (...) trop de concepts absolus. Au lieu de parler avec ses mots à elle, Ilaria alignait les slogans. (...)

"Même si tu me refuses en tant que mère, moi je ne te refuse pas en tant que fille (...) je lui caraissais les cheveux, ses mains étaient aussi glacées que sa tête était brûlante (...) elle m'étreignit (...). Le téléphone sonna (...) Quand elle souleva le récepteur, sa voiex était de nouveau métallique, étrangère. (...)

C'est la seule fois que j'ai eu la possibilité de susciter un changement, (... ) s'était ouverte dans sa cuirasse une toute petite fissure par laquelle j'aurais pu glisser. (...). J'avais détesté le caractère envahissant de ma mère, je voulais être une mère différente, respecter la liberté de sa vie.

Derrière le masque de la liberté se cache souvent la négligence, le désir de ne pas être concerné. La frontière est très mince, la franchir ou pas est une question d'instant. (...). A ce moment-là il ne devait pas y avoir liberté mais intrusion (...) cette conscience m'imposait d'agir.

L'idée de destin nous vient avec l'âge. Lorsqu'on a le tien, généralement on n'y pense pas.

  • Lettre du 22 novembre

Tu te rappelles quand je t'apprenais à préparer les crêpes ? Quand tu les fais sauter en l'air (...) tu dois penser à tout, sauf à les faire retomber (...) dans la poêle. Si tu te concentres sur leur vol, tu peux être sûre qu'elles (...) s'écrabouilleront directement sur la cuisinière. C'est drôle, mais c'est justement la distraction qui nous fait parvenir au centre des choses, à leur coeur.

  • Lettre du 29 novembre

Hier le vent a fait une victime (...) une jeune merlette. (...) A la fin, j'ai eu une idée de génie, j'ai enlevé mon foulard de ma tête et le lui ai lancé dessus. Enveloppée là-dedans, je l'ai emportée à la maison et l'ai installée dans une vieille boîte, à l'intérieur j'ai mis des chiffons. (...) A une petite fée (...) je demanderais l'anneau du Roi Salomon, cet interprète magique qui permet de parler avec tous les animaux du monde. Ainsi, je pourrais dire à la merlette :"ne t'en fais pas (...) je suis un être humain, c'est vrai, mais animé des meilleures intentions. (...)

En imposant à son esprit une rigidité excessive, Ilaria avait supprimé en elle la voix du coeur. A force de discuter avec elle, je craignais moi-même de prononcer ce mot.(...)

Et si c'était cet excès de rigueur qui appauvrissait la vie ? (...)

La compréhension exige le silence (...) l'esprit est prisonnier des mots, il possède le rythme désordonné des pensées, alors que le coeur respire, de tous les organes, c'est le seul à battre et c'est cette pulsation qui lui permet d'être en harmonie avec des pulsations plus fortes.

  • Lettre du 30 novembre

Tout à coup , vois-tu, j'avais compris (...) : ta mère n'était pas intelligente.(...) Avec son faux savoir, sa dialectique, elle avait réussi à tromper son monde (...) quand je m'en suis aperçue il n'y avait presque plus rien à faire.

  • Lettre du 1er décembre

Ce n'était pas tant la promiscuité qui me frappait que l'appauvrissement des sentiments.

(Demain, suite et fin des extraits)

Publié dans IDEES CADEAUX

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article