Aller à Compostelle...

Publié le par Passionsetbilletsactu

"Compostelle, le chemin de la vie"

Freddy Mouchard

(sortie en dvd)

 

"Pourquoi Saint Jacques de Compostelle attire chaque année de plus en plus de personnes ?

Le parcours de plusieurs marcheurs de tous âges, toutes situations sociales, toutes convictions.

Le contact avec la nature, les éléments, les autres pèlerins

suscitent

tolérance et ouverture sur le monde

Livre de François DERMAUT, ed. Glénat 2003/

J'admire ses aquarelles et "crayonnages" - Mais comment a-t-il trouvé le temps et la force de les réaliser tout au long du chemin ?!

 

Extraits/

Le Chemin traditionnel part du Puy en Velay. C'est l'évêque du Puy,

Monseigneur Godescalc qui l'ouvre, en l'an 951.

Articles, comptes rendus de voyages, bouquins sur le sujet deviennent mon fonds de lecture. Ceux qui ont fait le chemin m'avaient prévenu : "au bout d'un an et demi, tu ne pourras plus faire autrement que d'y aller" (...) - Date du départ fixé : lundi 30 avril 2001 (...) date d'arrivée prévue : mi-juillet. La chaleur en Espagne est encore supportable. Nous établissons un programme d'entraînement (...)

Pendant la première semaine de cette année nous nous lèverons fourbus et courbaturés (...) Depuis nous tenons le rythme d'une marche hebdomadaire d'une durée de 7 h à 7h30. - Les étapes ont été minutieusement définies en fonction des distances, des dénivelés, des gîtes, des fermetures hebdomadaires des petites épiceries de village. Tout est noté : adresses, téléphones,  points bancaires, etc.

Les sacs à dos et l'équipement ont été choisis selon deux critères: le poids et la météo. Les vêtements sont légers, "respirants" et à séchage rapide. En commun : boîtier ultra sons (contre les chiens) (je n'y avais pas pensé, voilà une solution pour éviter que les chiens essaient de nous suivre et risquent d'ailleurs de se perdre !), aspi-venin (ah oui...), boules quies (bof, finalement c'est plutôt drôle la vie en communauté )

*Le Puy en Velay/ Montbonnet

A 9 heures, nous descendons la rue des Tables. Traversée de la ville. Les rues sont très pentues. Je m'arrête tous les deux cents mètres pour retrouver mon souffle (...). A 16 heures, lit dans un centre d'accueil. Repas à 19 h avec trois autres pélerins, dont une Anglaise végétarienne qui (...) trouve trop difficile de marcher seule. Nous nous couchons à 21 h. Bien que de 16 km, cette étape de mise en route avec un sac de douze kilos nous a fatigués.

* Montbonnet/ Saugues

(...) A 17 h30  nous apercevons Saugues. Une sculpture de la "bête" nous rappelle que nous sommes en Gévaudan.(...) Un pélerin doit d'urgence retourner au Puy : sa carte bancaire a été avalée. (...)

* Aumont- Aubrac/ Nasbinals

Pancarte - "A 300 m Chez Régine - dernier oasis avant l'Aubrac"-  Ca évoque le désert. Une halte s'impose(...)

Après 200 m de chemin on quitte brutalement un massif de sapins et c'est le désert vallonné, prairie rase sans couleur, chemin boueux, blocs de granit gris et ciel tourmenté. Il faut parfois passer contre les clôtures en s'accrochant aux piquets tant la couche de boue est épaisse. Les chaussures pèsent des tonnes. Les côtes et les descentes sont pénibles.

Nasbinals : "le joli village dans un écrin de verdure", c'est ici. Gîte superbe - "Tarzan a pour mission de taper sur le lit de Serge en cas de ronflements" (c'est bien du vécu !)

* Nasbinals/ Saint Chély d'Aubrac

Six heures du matin, stupeur : Nasbinals est couvert de neige. On est à 1000 m environ et il faut monter jusqu'à 1400 m.

10 km... Nous ne verrons rien. Sol enneigé et brouillard. Visibilité : 30 m. Les petits traits rouges et blancs qui balisent le GR 65 disparaissent sous la neige. On est nulle part. On s'applique à ne pas perdre la trace des pélerins qui nous devancent. Parfois les traces se séparent en deux. L'une des deux est à ne pas suivre.

J'ai mal au genou droit. J'y colle un emplâtre américain. Au cours de la nuit il me brûle trop. Je l'enlève.

*** Repos à Saint Chély d'Aubrac

Debout à 6 h 30, il est difficle de ne pas être réveillé par les préparatifs même discrets de 6 marcheurs. (...) Nathalie soigne ses pieds. Il y a du boulot. Elle ne sait jamais si elle découpe la peau ou le pansement. Cela semble pourtant s'améliorer.

Le soir un groupe de jeunes et joyeux randonneurs de week-en remplit le gîte. On tambouille sur place en discutant. Les randonneurs comprennent que pour les pélerins le sommeil est primordial. Ils terminent leur soirée par des "chut" et des rires étouffés. (...)

* Colinhac/ Conques

Nous prenons le chemin à 7 h 30. Le soleil se lève au-dessus de vallées pleines de brumes.

(...) J'ai une grande envie de yaourts. Arrêt à l'épicerie au village. Acheter quand on "porte" est toujours un problème. Pas toujours facile de n'acheter que deux yaourts, deux pommes, deux tomates et je ne vous parle pas du sachet de thé ou de café.

Jo le Ch'ti parcourt la planète à pied. Pour lui une vraie maison c'est une maison où il y a de l'amour et un paquet de pâtes pour celui qui passe à l'improviste. (...)

Nous entamons la longue et difficile descente vers Conques. Un sentier à vous faire éclater les genoux. Labellisé plus beaux villages de France, Conques est superbe. Toitures en lauzes, murs à colombages et enduits ocre rouge clair. Les rues sont pavées de galets. Le tout autour de l'abbaye Sainte-Foy.

Dans un élan mystique nous nous rendons à la Bénédiction des pélerins - "Ultreia..." (en avant !). (...)

Petit déjeuner rapide (...).  Après avoir évité de descendre le kilomètre de la rue Charlemagne sur les fesses, en bas de la rue, un pont romain enjambe le Dourdou. Un chef d'oeuvre, vous vous en doutez ! Il nous faut une heure dix pour atteindre la chapelle Sainte Foy qui ne se trouve qu'à mi-pente de cette sorte de chemin expiatoire  pour serial killer ! Pour un gars comme moi, dont la dernière faute est le vol d'un bonbon en 1963, la pénitence est démesurée !

* Livinhac le haut/ Figeac

(...) Le soleil tape assez fort et il fait bon s'allonger dans l'herbe fraîche (...)

Je vais faire tamponner les credencials.

* Figeac/ Carjarc Trois longues étapes nous attendent : 30, 32 et 27 kms. Pas de ravitaillement possible. Il faut emporter des provisions pour deux jours. Chaque sac pèse 12, 5 kg, c'est la limite ! Nous nous pesons. Nous avons perdu l'un et l'autre deux kilos.

* Carjac/ Vaylats

Depuis hier nous marchons en short et T-shirt. (...). Nous arrivons exténués à Vaylat chez les soeurs de l'enfant Jésus. Ici tout est impeccable, propre, soigné, ciré. Le dîner est succulent, copieux.

* Vaylats/ Cahors

(...) A 17 heures, nous quittons le "Cami Ferrat" emprunté le matin, ancienne voie romaine évitée très lontemps par les pélerins. L'absence de lieux habités sur le parcours favorisait les agressions en tout genre. Nous n'avons rencontré que cinq personnes. Aucune d'entre elles n'était "coquillard" (bandit de grand chemin déguisé en pélerin).

* Cahors/ Lascabanes

(...) On resterait bien quelques jours. C'est là aussi tout l'intérêt du chemin. Pendant "x" jours on est hors du temps, hors de chez soi, hors norme, dehors toute la journée quelle que soit la météo. Rien n'est prévu en fonction du temps. On fait avec ce qui qui se présente. Tous les soirs on dort dans un endroit différent et c'est à chaque fois une surprise. Mauvaise ou bonne !

Quand on regarde la carte on ne dit jamais "y a encore tout ça" mais plutôt "on a déjà fait ça". Plus de 400 kms à pied (à cette étape), c'est rare dans une vie ! (...)

* Lauzerte/ Moissac

Nous apprécions le silence. A Moissac - Tympan du XIIe siècle de l'abbatiale. Tampon sur le "credencial". Carmel où nous logeons (ancien couvent de Carmélites). Endroit de rêve.

* Moissac/ Saint Antoine

Nous quittons le Carmel à 7 h. Sur 2 kms, nous longeons le canal de la Garonne que nous quittons à l'écluse de l'Espagnette. Les grimpettes sont sévères, mais chacune offre une récompense. Jonction du Tarn et de la Garonne. Nous ne regrettons ni les dénivelés, ni les kilomètres supplémentaires. (...)

Plaine alluviale de la Garonne, c'est plat, plat, plat ! Nathalie se jette sur tous les cerisiers. On attaquerait bien les fraises également (si c'est pas du vécu ça aussi !). Petite butte à l'horizon, c'est Auvillar avec son étonnante halle circulaire. A la terrasse d'un resto chicos, on fait un peu tâche.

* Saint Antoine/ Lectoure

Espace temps automobiliste-piéton...petite illustration concrète : vingt kilomètres sont parcourus en dix minutes par un automobiliste. En 5 heures par un piéton.

Trois jours de marche... c'est une heure en voiture...

Les pélerins entre eux évoquent les distances en nombre de jours de marche...

* Lectoure/ Condom

La pollution visuelle oferte par les paysans de Haute Loire a ici disparu. Les fermes et abords du Tarn-et-Garonne et du Gers sont hyper propres. (...)

* Ayzieu/ Nogaro

Les pélerins ne posent que très rarement des questions personnelles, n'imposent jamais leur présence ou leur compagnie à d'autres. Chacun laisse l'autre suivre son chemin en essayant de ne pas trop le déranger. Constatation qui peut être contredite par des pélerins "guignols"...

* Nogaro/ Aire sur Adour

Sur le bord du chemin un panneau indique "pélerins, servez-vous". Nous soulevons la toile qui recouvre un panier d'osier... trois litres d'eau fraîche. A côté du panier, une boîte de biscuits métallique à l'intérieur de laquelle nous trouvons le livre d'or de Jean-Louis et Elizabeth. Beaucoup se souviennent de ce point d'eau et leur écrivent une petite carte (...)

* Arzacq- Arraziguet/ Arthez-de-Béarn

(...) Je distingue une masse énorme (...) Le coeur fait "dong dong"... les pyrénées ! Une barre rocheuse qui marque le milieu de notre parcours - On se dit qu'il va falloir passer ça. Impression de gigantisme, imperceptible pour l'automobiliste.

* Arthez de Béarn/ Navarrenx

(...) Il semblerait qu'en Espagne ce soit la foire dans les gîtes. Pas de réservation possible. Places accordées par ordre d'arrivée, aussi certains partent à 4 heures du matin. Tout et son contraire se dit sur l'Espagne... Nous verrons bien !

* Aroue/ Ostabat

(...) Des collines douces aux arrondis presque parfaits. 

Maison Ospitalia, ancien hôpital de pélerins, aujourd'hui gîte d'étape sympathique. (...)

Recevoir une lettre lorsqu'on "pélerine", c'est comme recevoir des nouvelles d'un autre monde, et savoir que là-bas quelqu'un pense à vous c'est très émouvant. Ostabat est un lieu important sur le chemin de Saint-Jacques. Ici se joignent les chemins de Tour, de Vézelay et du Puy et parfois celui d'Arles lorsque le col du Somport est impraticable !

* Ostabat/ Saint Jean Pied de Port

Dernière étape française ! Nous atteignons la maison des pélerins pour le "tampon" : nom, profession, ville de départ, à pied ? à vélo? 

Le soir on s'offre le resto. Demain il faut monter ce que les nuages essaient de nous cacher : les Pyrénées !

* Saint Jean Pied de Port/ Roncevaux

Nous voilà trois Français, deux Brésiliens, trois Allemands, un Hollandais et un Flamand. A 6h10 Saint Jean Pied de Port est désert. La porte "d'Espagne" à peine franchie, ça monte très raide. Plusieurs fois nous nous arrêtons pour regarder le soleil qui émerge peu à peu des sommets à l'horizon. Toutes les vallées sont pleines de brumes matinales.

Vers 10 h nous entrons dans la zone pastorale. Les moutons sont en liberté, ainsi que les fameux pottocks, chevaux trapus à crinière blonde. Ils sont hypermusclés. On respire la liberté ici.

(...) On entend un claquement sec. La semelle de Nathalie vient de se casser net ! Nous essaierons de trouver des chaussures dans deux jours à Pampelune. Descente vers Roncevaux. Je suis liquide. La descente est terriblement longue, c'est à peine si j'apprécie la superbe forêt. Enfin, après six heures de montée et deux heures de descente, nous entrons à l'abbaye de Roncevaux. Les pélerins ne sont reçus qu'à 16 h et quittent leurs chaussures pour s'allonger sur l'herbe en attendant le tampon sur la "crédencial". A 16 h 15 les portes s'ouvrent. L'accueil a lieu dans une salle austère divisée en deux par une très longue table au bout de laquelle se tient une hospitalera... visiblement pas encore touchée par la grâce divine - Discours auquel je ne comprends rien.Nous devons remplir les formulaires de renseignementss. Des feuilles sont alignées au cordeau de part et d'autre de la table. (...)

Nous nous couchons à 22 h. C'est très tard pour un pélerin.

* Roncevaux/ Larrasoana

(...) Il reste encore 800 km à parcourir.

* Larrasoana/ Cizur Menor

Petite étape de 16 km jusqu'à " Pampelune" où nous arrivons à 10h30. En arrivant dans une grande ville, il y a toujours un petit malaise : le bruit, les voitures, la foule ! ! !

(...) En sortant de l'établissement de la poste, nous ressentons une petite fierté. Sans parler la langue nous nous sommes bien "démerdés".

Flèches jaunes... le balisage du camino en Espagne est simplissime : une flèche à droite pour aller à droite, une flèche tout droit pour aller tout droit, une flèche obliquant vers la gauche pour aller à gauche. Cela paraît idiot ? En France le balisage GR est beaucoup plus sophistiqué, "normalisé". Que la FFRP nous dessine une flèche, on n'en demande pas plus !

Beaucoup d'Américains font le chemin après avoir lu le bouquin de Shirley Mac Laine, les Brésiliens après avoir lu Paulo Coelho.

* Cizur Menor/ Puenta La Reina

Soit  20 km. Nous marchons vers une barre montagneuse dont la crête est plantée de centaines d'éoliennes. Ecologique, peut-être, mais guère plus esthétique que les pylônes à haute tension. (...) Ca grimpe sévère.

Derrière nous, tout la plaine de Pampelune et les Pyrénées. Devant nous, la vallée de Valdizarbe. On s'arrête un instant devant le monument aux pélerins. Troupe de pélerins à cheval, à pied, avec ânes, en silhouettes découpées dans de la tôle. Longue descente vers Puenta La Reina.

A l'entrée du gîte le carnet de pélerin est exigé pour éviter le touriste en quête d'un logement bon marché. C'est à Puenta la Reina que se raccroche le chemin d'Arles via le col du Somport et que commence le "camino frances" (les deux autres routes espagnoles étant : le "camino del norte", qui longe la côte nord et "la via de la plata", en provenance de Séville). (...)

* Torres del rio/ Logrono

Il fait froid, il pleut. On transpire dans les capes. (...) A Logrogno, c'est la fête. Une fête qui a bien mal commencé pourtant. Ce matin l'ETA a donné le signal de départ avec une bombe placée dans un immeuble de 19 étages. Les dégâts sont importants mais la fête continue.

* Logrono/ Najera

Nous quittons sans regret la capitale de la Rioja. En Espagne, la route natioale a été coulée sur le chemin "authentique" de Santiago. Un chemin contemporain a donc été réaménagé le long de la route en s'en éloignant de temps en temps.

(...) Ici, le pélerin ne peut pas voir un gros caillou sans en poser un autre, plus petit, dessus et ainsi de suite. Le pélerin, paraît-il, se décharge ainsi de ses péchés. Il faut croire que l'endroit est propice à la contrition. Il y a de ces petits édifices par centaines (et nous avons nous aussi contribué au maintien de la coutume !) Najera apparaît, puis l'hôtel.

On va pouvoir poser nos sacs 36 heures et enfin dormir. Pas de formalités à l'hôtel. Un "trois étoiles" pour le prix d'un motel. La chambre donne sur le Rio, c'est royal ! Une demi-heure sous la douche !!! Lessive... On étale le contenu de nos sacs, on a de la place, de l'espace.

Et puis... baguenauder sans sac, les mains dans les poches, les pieds à 10h10 en dégustant des gâteaux espagnols...On écoute passer le temps.

* Najera/ Granon

Sérieuse grimpette pour sortir de Najera. La journée s'annonce belle. (...)

Instinctivement nous comptons les pèlerins. Il n'y a que 16 places annoncées à Granon et le prochain gîte est à Redecillia, 11 km plus loin !

Nouveau choix : route, ou chemin avec détour (1,6 km en plus ).

* Najera/ Villafranca

Nous cheminons à peine 5 km jusqu'à Redicilla Del Camino. Nous entrons dans la province de Burgos. A partir d'ici le chemin suit lamentablement la RN 120 jusqu'à Belorado, à 12 km.(...) On se sent très petit, vulnérables et peu protégés.

* Villafranca/ Atapuerca

On dirait que le camino suit un tracé de route laissé à l'abandon. Nous nous sentons épuisés... le climat, le relief, l'épaisseur de la végétation, les animaux sauvages et les brigands ont rendu cet endroit sinistre.

Après 12 km, l'abbaye de San Juan de Ortega, superbe bâtisse dans une vallée boisée. Etape importante sur le chemin. Nous faisons une halte rapide.

(...) Nous gravissons une côte. Plateau désertique à 1000 m d'altitude, balayé par un vent très froid. Après 5 km nous aperçevons le village d'Atapercua. Il vient d'être classé par l'Unesco. On y a découvert un site archéologique avec ossements humains datant de un million d'années. Plus nécessaire paraît-il d'écrire ni Espagne, ni code postal sur l'enveloppe.

* Tardajos/ Castrojeriz

Bientôt que de la lande et des cailloux. Des cailloux et encore des cailloux. (...)

* Fromista/ Carrion de los Condes

(...) Le chemin est une grande histoire de pieds. Ils font l'objet de soins attentifs (jamais assez) . Les pèlerins font une consommation industrielle de crèmes en tout genre, se massent, s'entourent les chevilles avec des sachets plastiques remplis de glaçons, percent leurs ampoules, essaient d'autres chaussures, les doublent, les retirent, portent tel type de chaussette à droite, tel autre à gauche...

Nombreuses sont les tendinites, les foulures, les brûlures. Beaucoup abandonnent à cause de leurs pieds. (...)

Mais... Allez à Compostelle à pied ! ! ! Disparition des bourrelets garantie. J'ai serré ma ceinture de quatre crans.

* Terradillos/ Bercianos del Real Camino

(...) Malgré tout nous gardons une cadence à peu près de 4 km/h.

* Bercianos/ Reliegos

Nous retrouvons très vite un chemin aussi monotone qu'hier, bordé par de jeunes platanes, morts pour la plupart. Douze pas entre deux arbres. Nous nous arrêtons souvent, sans pouvoir profiter de ce que les fiches du "guide pratique du pélerin" appellent pompeusement  "de rafraîchissantes aires de repos ombragées".

Essayez donc de vous asseoir sur un banc en béton chauffé par le soleil depuis 4 heures ! Manquerait plus qu'on attrape des ampoules aux fesses !

Vers midi nous arrivons devant une grange en ruine ! On peut y lire "BAR". On allait en pleurer lorsqu'on le découvre le bar... jouxtant la ruine.

300 m plus loin, nous entrons dans Reliegos. L'auberge est sublime et l'hospitalera nous accueille avec le sourire. Ici pas de file d'attente, pas de bousculade. Nous mangeons dans la confortable salle à manger du gîte. Quelques pélerins arrivent l'un après l'autre.

* Reliegos/ Leon

Nous quittons Reliegos à 7 heures, il fait frais, ça ne durera pas longtemps ! A Mansilla de las Mulas, enfin le désert et la platitude prennent fin.

Paysage plus verdoyant. Peu à peu des maison, de grands bâtiments en construction. Comme une grande banlieu en devenir. Quand Leon sort peu à peu de la brume de chaleur, on a du mal à imaginer que dans cette immense ville nous allons trouver un matelas.

On suit les flèches jaunes indiquant "Albergue".

* Villadangos del paramo/ Astorga

On traverse l'Orbigo par un pont romain de vingt-quatre arches. Un des plus célèbres du chemin.

* Astorga/ Manjarin

Au gîte "qualifié d'élémentaire refuge de montage"...  quelqu'un après le repas se hasarde à demander où sont les toilettes. Thomas d'un geste large balaie l'horizon. C'est là !

Chacun choisira sa maison en ruine. Nous sommes à 1500 m d'altitude. Les montagnes au coucher du soleil sont impressionnantes. Tous les quatres nous regagnons la "chambre" et nous en écrasons jusqu'à 7h30.

* Manjarin/ Molinaseca

Nous avons extraordinairement bien dormi  dans cet accueillant taudis (...).

Le chemin continue de monter 1 ou 2 km pour atteindre le sommet du Monte Irago, le point le plus élevé de la route du Puy en Velay Santiago (1520m).

Le panorama est gigantesque.

Longue descente entre les genêts... village d'El Acebo aux toits d'ardoises et aux maisons fleuries. Impression d'être en vacances. Beaucoup de pélerins au bistrot. 

Molinaseca : pelouses aménagées le long du Rio Mezuelo près du pont médiéval. Nombre d'autochtones et de pèlerins se baignent dans la rivière.

* Cacabelos/ Vegta de Valcarce

Paysages splendides, mais la température monte aussi vite que le chemin. La pente entre bruyères et genêts est très raide...

Nathalie constate la disparition de son bâton. cela paraît idiot, mais un bâton sur lequel on s'est appuyé pendant deux mois, on s'y attache. On le reconnaîtrait entre mille (eh oui...)

* Vega de Vacarce/ O'Cebreiro

Une borne indique la frontière entre Castille et Galice.

Nombre de kilomètres restants... 152 kms !

La Galice, tous les pèlerins en rêvent. C'est la fin de la chaleur. Ce sont des paysages verts. La Galice est celte.

12h30, ça y est, on y est. Petit village de granit, toits d'ardoises, petites et rares fenêtres. Au bout il y a Santiago de Compostelle. Et 80 km plus loin : Cap Finisterre. Plus qu'une petite dizaine de jours ! (...)

On ne s'en tire pas trop mal, peut-être grâce à nos repos hebdomadaires. Il vaut mieux ne pas céder au désir qui pousse plusieurs pèlerins à brûler les dernières étapes. Après 1500 km, on a tendance à minimiser les 150 derniers.

Beaucoup de pèlerins craquent la dernière semaine. D'autres ont tendance à marcher à reculons pour retarder le terme de ce fabuleux voyage. Nous finirons la soirée devant un magnifique coucher de soleil montagnard. (...)

** Arca/ Santiago de Compostelle**

(...) Une boule énorme au ventre. Une anglaise nous dit : "We've made it". On l'a fait !

Chacun raconte quelques anecdoctes de son propre voyage. On est tous très émus. On traîne en ville au hasard des groupes de chanteurs et musiciens. La cathédrale est éclairée. C'est magique ! ! !

Au croisement des diagonales du parvis de la cathédrale, une coquille Saint Jacques gravée dans une dalle marque la fin du camino.

On s'embrasse.

*Fisterra ( Cap Finisterre)

Le bout du bout ouest de l'Espagne. Des traces de feux dans l'herbe indiquent que certains pélerins, par tradition, ont brûlé quelques-uns de leurs vêtements de route. On enlève nos chaussures !

We've made it ! Ultreïa !

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