Retour sur le livre "Plaidoyer pour les animaux" de Matthieu Ricard

Publié le par Passionsetbilletsactu

Extraits du magazine de la Fondation "INFO JOURNAL"

 

Lettre faite par Matthieu Ricard à Brigitte Bardot/

J'ai été très touché par votre lettre si chaleureuse (...) tout comme je vous remercie du fond du coeur pour votre détermination inébranlable à agir en faveur de tous les autres êtres sensibles, ces milliards d'animaux qui sont mes concitoyens en ce monde.

Il est invraisemblable et moralement indéfendable que l'homme se doit ainsi érigé en "maître" de la nature et qu'il se soit arogé le droit de disposer à sa guise de tous les êtres vivants. (...)

Votre action a, dans bien des cas, porté ses fruits (...)

Et que Gandhi l'ait dit ou non sous cette forme exacte "Au début ils vous ignorent, ensuite ils vous ridiculisent, puis ils vous combattent et, finalement, vous gagnez.

Avec mes plus chaleureuses pensées et toute mon humble gratitude

 

Matthieu Ricard

 

Extraits (suite) /

 

"Regarder la souffrance animale en face"

La compassion doit aller de pair avec le courage. On peut très rapidement être submergé par le fait de souffrir de la souffrance de l'autre et on peut arriver à l'épuisement émotionnel (...). Il ne s'agit pas d'être insensible mais de transformer l'impact sur soi de la souffrance de l'autre "en détermination et en courage de faire quelque chose".

Le Dalaï Lama parle souvent de courage de la compassion qui doit donner lieu à l'indignation (ce qui est différent de la colère malveillante qui se transforme en haine).

Cette indignation donne l'énergie, le courage, la détermination nécessaire pour faire ce qu'il faut.

 

"La place de l'animal"

La biosphère est un ensemble extrêmement complexe, riche, où la survie de tout le monde est liée à celle des autres. (...) Vouloir s'extraire de la nature ce serait comme si on voulait s'extraire de son propre corps, ou s'extraire de la planète.

J'imagine que ce genre de réflexion continue à venir d'une attitude qui, en gros, est - "nous sommes le centre de l'univers, tout le reste de la planète est là pour notre utilisation. Nature, animaux ne sont que des instruments de notre bien-être" !-

C'est là une vision très archaïque, qui a été celle des civilisations qui ont commencé à domestiquer et à tuer plus ou moins  en masse les animaux, considérés non plus comme différents, mais comme "inférieurs" et sans âme.

 

Les conséquences de la violence des hommes sur les animaux"

Le fait d'exercer un métier où l'on tue (dans les abattoirs, ou ailleurs) implique-t-il nécessairement une augmentation de la violence dans d'autres domaines de son existence ?... Pas nécessairement car il y a comme une dissociation mentale. 

Sur le plan moral, il y a cependant une incohérence extrême, mais cela peut permettre aux gens de préserver une partie (à peu près) saine de leur existence.

Ceci dit, il y a beaucoup de témoignages de gens qui ont travaillé dans les abattoirs et qui en sont profondément marqués.

 

Exemple de Virgil Butler qui avait tué 50 000 cochons dans sa vie et qui disait :"Je suis un tueur, je tue, je tue, je tue et quand je rentre chez moi j'ai beaucoup de mal à me remettre dans la vie".

Comme disait Lamartine :"On n'a pas deux coeurs, un pour les humains et un pour les animaux. On a un coeur, ou on n'en pas". (...)

Un père de famille cruel envers les animaux, cela signifie en tout cas qu'il n'a pas assez imaginé le sort des animaux, déconsidérés dès le départ.

 

En fait, on ne veut surtout essayer de se mettre dans la peau d'un animal et essayer de se dire : "qu'est-ce-que ça me ferait à moi si j'étaits tiré par un crochet ?"

 

"L'animal est un opprimé parmi d'autres "

La "bienveillance acquiert davantage de qualités si elle n'est pas limitée. Tout le monde y gagne". Mon livre n'est pas une condamnation, ce n'est pas un dogme. C'est un appel, c'est tout.

Je passe principalement mon temps à m'occuper de 140 projets humanitaires. Nous soignons

100 000 patients par an en Inde, au Népal, au Tibet et scolarisons 25 000 enfants. Inclure dans la considération de l'autres les animaux ne retarde pas, ne serait-ce que d'une seconde, ces projets...

 

"Les traditions ne peuvent justifier la violence sur les animaux"

Un sage hindou, Ramdev, très respecté, s'est insurgé contre la pratiques des sacrifices. On lui a répondu "c'est la tradition" ! Mais si quelque chose est mauvais, le fait que ce soit une tradition ne lui apporte aucune lettre de noblesse.

Les Aztèques sacrifiaient 4 000 humains par an pour que le soleil se lève jour après jour. On sait aujourd'hui que le soleil n'avait nul besoin de ces sacrifices pour continuer de se lever.

De plus, si il y a un Dieu tout aimant, comment pourrait-il se réjouir du sacrifice de ses propres enfants ?

Il y a beaucoup de choses à faire dans ce domaine "et je suis heureux de savoir que votre Fondation travaille dans ce sens".

 

"L'étourdissement dans le cadre de l'abattage dit rituel"

Je connais bien l'ancien rabbin d'Irlande, David Rosen qui est végétarien et qui pense que "ce qui serait vraiment casher" ce serait de ne pas tuer les animaux"...

Il y a des voix qui vont dans le même sens avec le halal...

A défaut... "dans les pays scandinaves, les autorités religieuses musulmanes ont tout au moins accepté l'étourdissement".

Et en France ? Les raisons sont vénales = il est moins cher d'avoir une seule chaîne d'abattage plutôt que deux. Très trop souvent, la législation n'est pas respectée (réflexion que beaucoup d'autres doivent se faire comme moi-même: dans maints domaines, le problème reste le même. Le problème bien souvent n'est pas un défaut de loi, mais un problème de loi(s) non respectée(s), délibérément -ou non- non appliquées).

On se retrouve ainsi avec un pourcentage très élevé de viande "halal" (ou "casher") pour des consommateurs qui ne sont même pas au courant et qui, de fait, ne peuvent pas protester. Je pense que si on leur demandait leur avis, ils préfèreraient que les animaux au moins soient tués dans un état inconscient, "sans souffrir".

La meilleure façon d'arriver à un tel changement serait déjà que les autorités religieuses fasse preuve d'un minimum de compassion - Par ailleurs, si problème économique il y a, c'est aux abattoirs de gérer ça ! "On met des contredanses toute la journée parce que vous êtes mal stationné. Pourquoi les abattoirs feraient-ils exception à la règle ?"

 

"Ne pas se décourager devant l'immensité de la tâche"

(...) Il n'y a pas de grande tâche difficile qui ne puisse pas être décomposée en petites tâches plus faciles (...). Chère Brigitte Bardot, ne vous découragez surtout pas (...). Le Dalaï Lama parle du courage de la compassion. (...) Tant que l'on a l'impression d'être sur le bon chemin, il vaut toujours mieux aller dans cette direction que de s'arrêter, d'hésiter. Je suis sûr que peu à peu les cultures vont changer. C'est le cours inéluctable des choses. (...)

Il faut se réjouir de ce qui a déjà été accompli.

 

 

 

 

 

 

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